mardi 17 septembre 2013

Remaniement ministériel

Le parlement suédois, Riksdagen, a fait sa rentrée mardi. La session s'ouvre par deux discours. Le discours du roi est obligatoirement a-politique (les enfants sont l’avenir du pays !) mais toujours amusant. On a l’impression que le roi - qui fête 40 ans sur le trône – est tout débutant, comme si c'est son tout premier discours.. Mais c’est sympathique!

Ensuite le discours forcément politique du premier ministre Fredrik Reinfeldt, son dernier avant les élections législatives l’année prochaine. Il a dénoncé l’utilisation des armes chimiques en Syrie – sans nommer le coupable.

Reinfeldt a aussi fait une annonce surprise, un petit remaniement ministériel. La ministre de l’emploi, Hillevi Engström remplace la ministre d’aide au développement, Gunilla Carlsson, qui, elle, est remerciée. Nouvelle ministre de l’emploi est Elisabeth Svantesson, la présidente de la commission de l’emploi du parlement.


Gunilla Carlsson a été critiqué pour sa gestion de sa ministère et Hillevi Engström était ministre du Pôle emploi suédois, très critiqué pour sa mauvaise gestion coûteuse et inefficace. L’emploi étant la question principale pour le gouvernement, Reinfeldt veut montrer qu’il agit. 

La nouvelle ministre, Elisabeth Svantesson, est économiste et députée du nord de la Suède et tout de suite critiquée pour son passé comme opposante à l'IVG et engagement dans Livets ord, une église controversée.

dimanche 15 septembre 2013

Elections dimanche en Suède

Jésus était social-démocrate ! C’est les jeunes sociaux-démocrates suédois qui l’affirme dans leur campagne pour les élections aux instances dirigeantes de l’église suédoise qui ont lieu aujourd’hui, dimanche 15 septembre. Les 5,5 million membres de l’église sont appélés aux urnes, mais le taux d’abstention est si élévé que l’éléction est souvent nommé l’élection oubliée (88% les dernières élections en 2009 !).

Pourtant il y a du pouvoir en jeu ; l’église est par exemple un grand propriétaire foncier dont des forêts, entretient un patrimoine culturel et cultuel et elle a un engagement social important. La séparation entre l’état et l’église est récente (il y a 13 ans) et l’église suédoise a toujours vocation d’être une église populaire (folkkyrka), c’est même reglé par la loi.  La Suède n’a pas la laïcité aussi formelle qu’en France, mais il y a des controverses comme par exemple la cérémonie en fin d’année scolaire qui a traditionnellement lieu dans l’église.

Le débat porte surtout sur le plan de valeurs. La droite populiste (les démocrates de Suède) veut mobiliser et les autres partis exhortent les gens d’aller voter pour faire barrage. Deux visions se confrontent, selon eux ; une église populaire, ouverte et sociale contre une église conservatrice, traditionnelle et dogmatique. Aux controverses plus anciennes comme les femmes pasteurs, se sont ajoutées ces dernières années par exemple le mariage homo, l’immigration et l’islam. L’église chrétienne est en phase descendant tandis que l’islam gagne du terrain.

L’église chrétienne suédoise est protestante, luthérienne. Est-ce qu’on peut dire qu’elle est plus « à gauche » que l’église catholique ? Ce n’est pas parce que le protestantisme a accompagné l’avènement du capitalisme (Weber) qu’il est moins social ou progressiste, au contraire. Il est peut-être toujours encore plus en phase avec son temps. 

Je ne suis pas croyant et ayant quitté l’église je ne peux pas voter. Mais en tant que citoyen je ne suis pas indifférent à la place de la religion et de l’église dans la société. La société a besoin de codifier les rites des grandes étapes qui jalonnent la vie, et l’église chrétienne en Suède est de plus en plus dans ce rôle minimaliste (par rapport à une église beaucoup plus omniprésente d’antan). Maintenant il y a d’autres sources  de production de normes et de valeurs et l’église se cherche entre ceux qui attendent d'elle des repères et des valeurs dans une société où le relativisme est parfois dérangeant, sans pour autant qu'elle se replie sur elle-même.

Et Jésus, il voterait comment? Peu importe finalement pour les sociaux-démocrates qui n’ont pas besoin de miracle. Jimmy (Jimmy åkesson, le leader des démocrates de Suède, droite populiste) est plus important comme facteur mobilisateur…



PS. Aujourd’hui le roi, Carl XVI Gustaf célèbre 40 ans sur le trône. Voilà des images ici. La famille royale, ma maison Bernadotte, était fondée par le maréchal d’Empire Jean-Baptiste Bernadotte (devenu roi de Suède en 1818 sous le nom de Charles XIV Jean). J’espère que le roi s’est bien amusé, mais pas trop (il est connu pour ça)…

PS 2. Aujourd’hui il y a dix ans, le 15 septembre 2003, les Suédois ont voté contre le troisième volet de l’union économique et monétaire de l’Union Européenne (l’euro). C’était un vote où l’élite a voté oui et la classe ouvrière a voté non. L’un des arguments fort était que L’Union n’est pas une zone monétaire optimale (selon les théories de Robert Mundell par exemple). Et c’est souvent les ouvriers et les pauvres qui paye le prix pour les deséquilibres et échécs qui en découlent.

vendredi 13 septembre 2013

Anna Lindh et la social-démocratie

Mercredi cela faisait dix ans que la ministre des affaires étrangères Suèdoise, Anna Lindh, avait été tuée par un fou alors qu’elle faisait ses courses en plein centre ville à Stockholm. Etoile montante de la social-démocratie suédoise, moderne et populaire, elle était pressentie pour succéder au premier ministre et leader du parti à l’époque.

J’étais militant du parti et je me souviens bien ces jours là. C’était la fin de la campagne du référendum pour ou contre l’euro. Anna Lindh était pour et la campagne s’est arrêtée prématurément avec l’annonce de sa mort. Le pays était sous le choc et en deuil, mais le référendum est maintenu quelques jours plus tard (avec une nette victoire du « non »).

Un article intéressant publié dans Dagens Nyheter (journal quotidien) brosse le portrait d'Anna Lindh et la sociale démocratie suédoise ces dernières décennies (ici, en suédois). Il est intitulé « Quand la sociale-démocratie a perdu son avenir » et signé par Katrine Kielos, éditorialiste et écrivain proche du parti mais avec une plume d’une liberté étonnante.

Elle contextualise l’action d'Anna Lindh au sein de la social-démocratie et ses courants qui s'opposent; l’aile gauche et l’aile droite, syndicalistes et technocrates, luttes fratricides entre fédérations, etc. Il s’agit en effet, selon Kielos, d'une opposition pragmatiques contre romantiques. Les pragmatiques mettent en avant des procédures, le policy, le pratique et le pouvoir tandis que les romantiques privilégient les idéaux, l’éthique, les rêves, le mouvement et le rôle historique du parti dans la longue vague d’où il est né.     

Selon le mythe, écrit Kielos, Anna Lindh représentait la nouvelle voie que la sociale-démocratie n’a pas pu prendre, le leader qui n’a pas pu accéder au poste. Elle était une politicienne professionnelle, leader des jeunes sociaux démocrates dans les années 1980, ni socialiste étatiste, ni sociale-démocrate de droite mais autogestionnaire (en France la deuxième gauche). Son courant défendait la décentralisation, l’environnement, l’internationalisme, le droit des femmes, l’autogestion pour démocratiser les services publics.

Les autogestionnaires ont tout gagné, et tout perdu, selon Kielos ; « Les pragmatiques ont repris les idées des romantiques et quelque chose est mort. » Or le renouveau des années 1990 était marqué à droite (libéralisme économique qui a abouti à la marchandisation des service publics).

L’époux d'Anna Lindh, Bo Holmberg, brillant jeune ministre des services publics dans les années 1980 (dans le gouvernement de Olof Palme), était lui-même une figure phare de ce courant (un article au moment de sa mort en 2010 retrace sa carrière, ici, en suédois). Mais il s’opposait aux privatisations et il a dû démissionner en 1988, avant de glisser dans l’oubli (successivement député et préfet) alors que sa femme, devenue ministre, était appelée à incarner l’avenir du parti. Sa mort fut trop dure pour lui, il ne s’en remettra jamais.. 

En tant que ministre des affaires étrangères (1998-2003) elle prit ses distances de la ligne traditionnelle sociale-démocrate (très onusienne, défense de la souveraineté nationale des petits pays) pour s’ouvrir vers l’ingérence humanitaire, par exemple en ex-Yugoslavie en 1999.

On ne saura jamais quelle aurait été sa ligne politique, et Kielos n’échappe pas à la mythification non plus quand elle considère que Lindh aurait trouvé la synthèse entre les pragmatiques et les romantiques. Je me souviens bien de la dernière apparition de Anna Lindh dans la campagne pour l’euro, aux cotés du patron des patrons suédois (la question de l’euro a cristallisé la société suédoise ; le « non » était clairement populaire tandis que les hautes sphères de la société étaient pour). Et n’oublions pas l’extradition extra-judiciaire scandaleuse de deux Egyptiens en 2001, extradition à laquelle elle aurait consenti à la demande de la CIA.    


Finalement elle était très pragmatique, tout en gardant une fraîcheur et air de modernité, un peu à l’instar de Tony Blair en 1997. Sur ce plan, la com et l’image, elle aurait certainement été un opposant plus redoutable pour Fredrik Reinfeldt, le premier ministre conservateur qui, lui, a su moderniser et recentrer le parti conservateur, gagner les élections en 2006 et se faire réélire en 2010. Les sociaux-démocrates ont eu de vraix problèmes de leadership et une ligne politique déboussolée contre la droite qui se revendique désormais du modèle social nordique.


"Le sexisme a frappé Anna Lindh comme un coup de poing". Et la légende: "L'eurosceptique Anna Lindh est devenue une amie chaleureuse de l'UE. Ici elle fait rire Jacques Chirac."  Sur le site de Dagens Nyheter, DN.

Elle était présidente de jeunes sociaux-démocrates (SSU) dans les années 1980.

Bo Holmberg (à droite) l'époux d'Anna Lindh et ministre, ici avec le premier ministre Olof Palme. Palme était assassiné en 1986.