Jésus était
social-démocrate ! C’est les jeunes sociaux-démocrates suédois qui
l’affirme dans leur campagne pour les élections aux instances dirigeantes de
l’église suédoise qui ont lieu aujourd’hui, dimanche 15 septembre. Les 5,5 million membres de l’église
sont appélés aux urnes, mais le taux d’abstention est si élévé que l’éléction
est souvent nommé l’élection oubliée (88% les dernières élections en
2009 !).
Pourtant il y a du
pouvoir en jeu ; l’église est par exemple un grand propriétaire foncier
dont des forêts, entretient un patrimoine culturel et cultuel et elle a un
engagement social important. La séparation entre l’état et l’église est récente
(il y a 13 ans) et l’église suédoise a toujours vocation d’être une église
populaire (folkkyrka), c’est même reglé par la loi. La Suède n’a pas la laïcité aussi formelle
qu’en France, mais il y a des controverses comme par exemple la cérémonie en
fin d’année scolaire qui a traditionnellement lieu dans l’église.
Le débat porte surtout
sur le plan de valeurs. La droite populiste (les démocrates de Suède) veut
mobiliser et les autres partis exhortent les gens d’aller voter pour faire
barrage. Deux visions se confrontent, selon eux ; une église populaire,
ouverte et sociale contre une église conservatrice, traditionnelle et dogmatique.
Aux controverses plus anciennes comme les femmes pasteurs, se sont ajoutées ces
dernières années par exemple le mariage homo, l’immigration et l’islam.
L’église chrétienne est en phase descendant tandis que l’islam gagne du terrain.
L’église chrétienne
suédoise est protestante, luthérienne. Est-ce qu’on peut dire qu’elle est plus
« à gauche » que l’église catholique ? Ce n’est pas parce que le
protestantisme a accompagné l’avènement du capitalisme (Weber) qu’il est moins
social ou progressiste, au contraire. Il est peut-être toujours encore plus
en phase avec son temps.
Je ne suis pas croyant et
ayant quitté l’église je ne peux pas voter. Mais en tant que citoyen je ne suis
pas indifférent à la place de la religion et de l’église dans la société. La
société a besoin de codifier les rites des grandes étapes qui jalonnent la vie,
et l’église chrétienne en Suède est de plus en plus dans ce rôle minimaliste
(par rapport à une église beaucoup plus omniprésente d’antan). Maintenant il y
a d’autres sources de production de
normes et de valeurs et l’église se cherche entre ceux qui attendent d'elle des repères
et des valeurs dans une société où le relativisme est parfois dérangeant, sans pour autant qu'elle se replie sur
elle-même.
Et Jésus, il voterait
comment? Peu importe finalement pour les sociaux-démocrates qui n’ont pas
besoin de miracle. Jimmy (Jimmy åkesson, le leader des démocrates de Suède,
droite populiste) est plus important comme facteur mobilisateur…
PS. Aujourd’hui le roi,
Carl XVI Gustaf célèbre 40 ans sur le trône. Voilà des images
ici. La famille
royale, ma maison Bernadotte, était fondée par le maréchal d’Empire
Jean-Baptiste Bernadotte (devenu roi de Suède en 1818 sous le nom de Charles
XIV Jean). J’espère que le roi s’est bien amusé, mais pas trop (il est connu
pour ça)…
PS
2. Aujourd’hui il y a dix ans, le 15 septembre 2003, les Suédois ont voté
contre le troisième volet de l’union économique et monétaire de l’Union
Européenne (l’euro). C’était un vote où l’élite a voté oui et la classe
ouvrière a voté non. L’un des arguments fort était que L’Union n’est pas une
zone monétaire optimale (selon les théories de Robert Mundell par exemple). Et
c’est souvent les ouvriers et les pauvres qui paye le prix pour les
deséquilibres et échécs qui en découlent.