jeudi 31 octobre 2013

Ah bon, les écoles privées font le tri des élèves?

Des écoles qui font un tri illégal d'élèves, pour que seuls les "bons" élèves soient admis? Une émission d'enquête à la télévision suédoise a révélé hier que certaines écoles « libres » procèdent à cette pratique douteuse. Le ton ironique du titre est dû aux réactions indignées des médias et des responsables politiques quand la problématique est connue depuis longtemps. Ce n'est pas la première fois ces dernières années que les écoles libres sont critiquées, entre communautarisme des écoles religieuses, ségrégation sociale accentuée, profits exorbitants et l'irresponsabilité totale en cas de faillite.

D'abord, c'est quoi une école « libre »? C'est une école qui n'est pas publique. La plupart d'entre elles sont gérées par une entreprise privée (et un tiers par des associations, fondations etc) mais elles sont financées par l’argent public en fonction du nombres d’élèves, chacun apportant virtuellement un chèque d'une somme correspondant au coût moyen d’un élève dans l’école publique. Elles sont donc ouvertes à tous, et quand la demande est trop forte les seuls critères sélectifs légaux sont la famille (frères et soeurs), proximité géographique et temps d'attente dans la queue. Si un élève a besoin d'aide particulière, l'école peut avoir un chèque plus grand.  

Selon les statistiques officielles, 13,3% des élèves en école primaire et 26% des lycéens vont à une école « libre », avec une concentration dans les grandes villes.

C'était donc hier que l'émission « Uppdrag granskning » (« Mission enquête », sur SVT1, chaîne publique suédoise) grace à la caméra cachée et des « parents » de deux élèves fictifs, une fille douée avec de bonnes notes et un garçon avec des mauvaises notes et un problème de comportement, a montré comment certains directeurs d'école ont accueilli la fille mais pas le garçon. C'était le cas de la moitié des 27 écoles sollicitées.  

Jan Björklund, le ministre de l’éducation et le leader du parti libéral Folkpartiet, le parti des profs, s'est dit déçu et indigné et il a demandé des inspections plus ciblées. 
« Il s'agit du libre choix des parents et des élèves, c'est leur droit, mais les écoles n'auront pas le droit de choisir », a-t-il dit. 
Il était confronté au leader du parti de gauche, Jonas Sjöstedt, très critique: 
« Ces écoles cherchent le profit, c'est pourquoi ils sélectionnent ses élèves avec des besoins particulières. C'est les mêmes écoles qui ont moins de professeurs, moins d'éducateurs spécialisés et des bâtiments plus petits. C'est la course au profit qui est le problème et le moteur. » a-t-il tonné. 
Le ministre de finance, le conservateur Anders Borg, s'approche de la position des sociaux-démocrates qui demandent qu'une entreprise privée dans le secteur des services publics doit s'engager à long terme, au moins dix ans.

La présidente du syndicat principale des profs, Eva-Lis Sirén, demande plus d’inspections de écoles et plus de moyens. Dans une tribune, intitulé « Le libre choix d’école, existe-t-il vraiment ? » elle écrit:
« l’Inspection des écoles a communiqué hier qu’elle a décliné 153 demandes d’ouverture de nouvelles écoles libres ou d'expansion des établissements déjà existants. L’inspection doit maintenant aller avec tout l’arsenal dans les écoles existantes. Elle est mandatée de fermer les écoles qui sont en flagrant délit de la loi. Les écoles coupables ont la tâche lourde de faire le ménage chez soi pour pouvoir justifier son existence et regagner la confiance. Nous sommes dans une situation où quelques acteurs peu sérieux entachent l’entier système du libre choix de l’école. C’est très grave puisque ça renforce la ségrégation au détriment aussi bien des élèves que des professeurs. Les écoles libres qui échouent dans leur mission laissent une lourde tâche d’éducation et d’instruction aux écoles communales. Cela n’est pas raisonnable. »   

La critique contre le système des écoles libres est récurrente depuis quelques années suite aux révélations de superprofits, l'évasion fiscale mais aussi le dépôt de bilan du plus grand groupe, JB-koncernen, le printemps dernier, qui a laissé les élèves en difficulté. La directrice de l'inspection des écoles a conseillé aux parents de lire le bilan financier avant de choisir une école libre, mais a avoué que ses propres services ne les comprennent pas toujours..

mardi 29 octobre 2013

L'écotaxe et l'imprévisibilité législative

Le billet de mon blog suédois était aujourd’hui naturellement consacré à la décision de suspendre l’écotaxe. Après un résumé des faits, ma conclusion était la suivante :
« même si la décision est probablement la moins mauvaise d’un gouvernement sous pression, elle montre un point faible du processus législatif français. La législation change souvent d’une manière imprévisible pour les acteurs économiques, ce qui ne les incite pas à investir. »

Mais sur ce point un peu sécondaire par rapport au cœur du problème, c'est-à-dire la crise de l’industrie agroalimentaire en Bretagne,  l’approche des responsables politiques est prometteur (même si c'est bien entendu beaucoup trop tôt de faire un bilan, on est au milieu d'un processus incertain de restructurations). L'impression c'est qu'ils montrent une volonté de dialoguer, de tous réunir autour de la table pour trouver des solutions dans la coopération et faire en sorte que tout le monde partage le diagnostic et se met d'accord sur la suite. Et justement éviter les incertitudes et les mauvaises surprises.

Mais il faut aussi ne pas oublier que certains des facteurs aggravants pour l’agriculture bretonne viennent de l’extérieur, comme le dumping social internationale et européenne. Est-ce que l’avenir de la filière agricole bretonne peut se faire d’une manière satisfaisante sans revision de certaines normes européennes ?

lundi 28 octobre 2013

Le Parti du progrès norvégien. Populiste ou extrême?

La droite a gagné les élections législatives norvégiennes le 8 septembre. Le nouveau gouvernement minoritaire est installé la semaine dernière, constitué de Høyre (droite), le parti conservateur et pour la première fois, Fremskrittspartiet (FrP, parti du progrès) un parti de droite de Høyre. Ils sont soutenu dans le parlement par les chrétien démocrates et les libéraux. Le nouveau premier ministre est Mme Erna Solberg de Høyre et le nouveau ministre des finances est Mme Siv Jensen de FrP.

Mais comment qualifier FrP? Extrême-droite? Droite populiste? Et comment expliquer sa percée et sa dédiabolisation (s'il y en a)?

FrP a rassemblé 16,3% des voix, derrière Høyre (26,8%) mais loin devant les libéraux et les chrétiens démocrates. Le parti fait pourtant moins bien qu'en 2005 et 2009 (22%). La majorité sortante était composée par les travaillistes (Arbeiderpartiet, 30,9%, qui reste le plus grand parti), la gauche socialiste et le parti du centre.

C'est un parti souvent décrit comme populiste et xénophobe (Le Monde) ou même d’extrême. Plusieurs médias internationaux n’ont retenu qu’un seul fait; que le tueur d’Utøya, Anders Behring Breivik en était membre avant de le quitter en 2004 parce qu’il ne le trouvait pas assez radical. Cela a gêné la diplomatie norvégienne parce que le parti est considéré comme modéré par rapport à d’autres partis de la droite populiste/extrême en Europe (source; Dagens Nyheter, journal suédois).

Le parti lui-même, dans son programme de principe, se décrit comme
"un parti populaire libéraliste, fondé sur la loi fondamentale norvégienne, la tradition et le patrimoine culturel norvégien et occidental, basé sur la foi chrétienne et de valeurs humanistes". 
Son prédécesseur est fondé en 1973 sur populisme fiscal et un discours anti-étatique et sa politique économique reste libérale même s'il veut aussi plus de dépenses sociales grâce à la richesse pétrolière. FrP prend, pendant les années 80/90, un tournant critique envers les musulmans et l'immigration, source de tensions culturelles et économiques selon son programme, qui prône une politique d'assimilation.

Le leader du parti est une femme, Siv Jensen (la nouvelle ministre de finance), et la section des jeunes est dirigé par Himanshu Gulati, d'origine norvégienne et indienne. Ce sont évidemment des faits importants pour la perception et l'image que donne ce parti de lui même auprès des Norvégiens.    

La gauche au pouvoir depuis 2005 était victime de l'usure de pouvoir, la gestion d'après-Utøya par le premier ministre Stoltenberg et ses services était critiquée et la gauche au pouvoir manquait un nouvel élan, voilà quelques explications de son échec selon des commentateurs. Malgré la richesse pétrolière qui met la Norvège à l'abri de la crise européenne, la demande des investissements dans le social ne cessait de croitre. A propos la question de l'immigration et de l'intégration, les sociaux-démocrates se sont plus ou moins rangés rhétoriquement derrière la ligne dûre tracée par le FrP. Et ce parti, après certains revirements spectaculaires (pour le mariage homosexuel) semble avoir achevé sa dédiabolisation.

mardi 17 septembre 2013

Remaniement ministériel

Le parlement suédois, Riksdagen, a fait sa rentrée mardi. La session s'ouvre par deux discours. Le discours du roi est obligatoirement a-politique (les enfants sont l’avenir du pays !) mais toujours amusant. On a l’impression que le roi - qui fête 40 ans sur le trône – est tout débutant, comme si c'est son tout premier discours.. Mais c’est sympathique!

Ensuite le discours forcément politique du premier ministre Fredrik Reinfeldt, son dernier avant les élections législatives l’année prochaine. Il a dénoncé l’utilisation des armes chimiques en Syrie – sans nommer le coupable.

Reinfeldt a aussi fait une annonce surprise, un petit remaniement ministériel. La ministre de l’emploi, Hillevi Engström remplace la ministre d’aide au développement, Gunilla Carlsson, qui, elle, est remerciée. Nouvelle ministre de l’emploi est Elisabeth Svantesson, la présidente de la commission de l’emploi du parlement.


Gunilla Carlsson a été critiqué pour sa gestion de sa ministère et Hillevi Engström était ministre du Pôle emploi suédois, très critiqué pour sa mauvaise gestion coûteuse et inefficace. L’emploi étant la question principale pour le gouvernement, Reinfeldt veut montrer qu’il agit. 

La nouvelle ministre, Elisabeth Svantesson, est économiste et députée du nord de la Suède et tout de suite critiquée pour son passé comme opposante à l'IVG et engagement dans Livets ord, une église controversée.

dimanche 15 septembre 2013

Elections dimanche en Suède

Jésus était social-démocrate ! C’est les jeunes sociaux-démocrates suédois qui l’affirme dans leur campagne pour les élections aux instances dirigeantes de l’église suédoise qui ont lieu aujourd’hui, dimanche 15 septembre. Les 5,5 million membres de l’église sont appélés aux urnes, mais le taux d’abstention est si élévé que l’éléction est souvent nommé l’élection oubliée (88% les dernières élections en 2009 !).

Pourtant il y a du pouvoir en jeu ; l’église est par exemple un grand propriétaire foncier dont des forêts, entretient un patrimoine culturel et cultuel et elle a un engagement social important. La séparation entre l’état et l’église est récente (il y a 13 ans) et l’église suédoise a toujours vocation d’être une église populaire (folkkyrka), c’est même reglé par la loi.  La Suède n’a pas la laïcité aussi formelle qu’en France, mais il y a des controverses comme par exemple la cérémonie en fin d’année scolaire qui a traditionnellement lieu dans l’église.

Le débat porte surtout sur le plan de valeurs. La droite populiste (les démocrates de Suède) veut mobiliser et les autres partis exhortent les gens d’aller voter pour faire barrage. Deux visions se confrontent, selon eux ; une église populaire, ouverte et sociale contre une église conservatrice, traditionnelle et dogmatique. Aux controverses plus anciennes comme les femmes pasteurs, se sont ajoutées ces dernières années par exemple le mariage homo, l’immigration et l’islam. L’église chrétienne est en phase descendant tandis que l’islam gagne du terrain.

L’église chrétienne suédoise est protestante, luthérienne. Est-ce qu’on peut dire qu’elle est plus « à gauche » que l’église catholique ? Ce n’est pas parce que le protestantisme a accompagné l’avènement du capitalisme (Weber) qu’il est moins social ou progressiste, au contraire. Il est peut-être toujours encore plus en phase avec son temps. 

Je ne suis pas croyant et ayant quitté l’église je ne peux pas voter. Mais en tant que citoyen je ne suis pas indifférent à la place de la religion et de l’église dans la société. La société a besoin de codifier les rites des grandes étapes qui jalonnent la vie, et l’église chrétienne en Suède est de plus en plus dans ce rôle minimaliste (par rapport à une église beaucoup plus omniprésente d’antan). Maintenant il y a d’autres sources  de production de normes et de valeurs et l’église se cherche entre ceux qui attendent d'elle des repères et des valeurs dans une société où le relativisme est parfois dérangeant, sans pour autant qu'elle se replie sur elle-même.

Et Jésus, il voterait comment? Peu importe finalement pour les sociaux-démocrates qui n’ont pas besoin de miracle. Jimmy (Jimmy åkesson, le leader des démocrates de Suède, droite populiste) est plus important comme facteur mobilisateur…



PS. Aujourd’hui le roi, Carl XVI Gustaf célèbre 40 ans sur le trône. Voilà des images ici. La famille royale, ma maison Bernadotte, était fondée par le maréchal d’Empire Jean-Baptiste Bernadotte (devenu roi de Suède en 1818 sous le nom de Charles XIV Jean). J’espère que le roi s’est bien amusé, mais pas trop (il est connu pour ça)…

PS 2. Aujourd’hui il y a dix ans, le 15 septembre 2003, les Suédois ont voté contre le troisième volet de l’union économique et monétaire de l’Union Européenne (l’euro). C’était un vote où l’élite a voté oui et la classe ouvrière a voté non. L’un des arguments fort était que L’Union n’est pas une zone monétaire optimale (selon les théories de Robert Mundell par exemple). Et c’est souvent les ouvriers et les pauvres qui paye le prix pour les deséquilibres et échécs qui en découlent.

vendredi 13 septembre 2013

Anna Lindh et la social-démocratie

Mercredi cela faisait dix ans que la ministre des affaires étrangères Suèdoise, Anna Lindh, avait été tuée par un fou alors qu’elle faisait ses courses en plein centre ville à Stockholm. Etoile montante de la social-démocratie suédoise, moderne et populaire, elle était pressentie pour succéder au premier ministre et leader du parti à l’époque.

J’étais militant du parti et je me souviens bien ces jours là. C’était la fin de la campagne du référendum pour ou contre l’euro. Anna Lindh était pour et la campagne s’est arrêtée prématurément avec l’annonce de sa mort. Le pays était sous le choc et en deuil, mais le référendum est maintenu quelques jours plus tard (avec une nette victoire du « non »).

Un article intéressant publié dans Dagens Nyheter (journal quotidien) brosse le portrait d'Anna Lindh et la sociale démocratie suédoise ces dernières décennies (ici, en suédois). Il est intitulé « Quand la sociale-démocratie a perdu son avenir » et signé par Katrine Kielos, éditorialiste et écrivain proche du parti mais avec une plume d’une liberté étonnante.

Elle contextualise l’action d'Anna Lindh au sein de la social-démocratie et ses courants qui s'opposent; l’aile gauche et l’aile droite, syndicalistes et technocrates, luttes fratricides entre fédérations, etc. Il s’agit en effet, selon Kielos, d'une opposition pragmatiques contre romantiques. Les pragmatiques mettent en avant des procédures, le policy, le pratique et le pouvoir tandis que les romantiques privilégient les idéaux, l’éthique, les rêves, le mouvement et le rôle historique du parti dans la longue vague d’où il est né.     

Selon le mythe, écrit Kielos, Anna Lindh représentait la nouvelle voie que la sociale-démocratie n’a pas pu prendre, le leader qui n’a pas pu accéder au poste. Elle était une politicienne professionnelle, leader des jeunes sociaux démocrates dans les années 1980, ni socialiste étatiste, ni sociale-démocrate de droite mais autogestionnaire (en France la deuxième gauche). Son courant défendait la décentralisation, l’environnement, l’internationalisme, le droit des femmes, l’autogestion pour démocratiser les services publics.

Les autogestionnaires ont tout gagné, et tout perdu, selon Kielos ; « Les pragmatiques ont repris les idées des romantiques et quelque chose est mort. » Or le renouveau des années 1990 était marqué à droite (libéralisme économique qui a abouti à la marchandisation des service publics).

L’époux d'Anna Lindh, Bo Holmberg, brillant jeune ministre des services publics dans les années 1980 (dans le gouvernement de Olof Palme), était lui-même une figure phare de ce courant (un article au moment de sa mort en 2010 retrace sa carrière, ici, en suédois). Mais il s’opposait aux privatisations et il a dû démissionner en 1988, avant de glisser dans l’oubli (successivement député et préfet) alors que sa femme, devenue ministre, était appelée à incarner l’avenir du parti. Sa mort fut trop dure pour lui, il ne s’en remettra jamais.. 

En tant que ministre des affaires étrangères (1998-2003) elle prit ses distances de la ligne traditionnelle sociale-démocrate (très onusienne, défense de la souveraineté nationale des petits pays) pour s’ouvrir vers l’ingérence humanitaire, par exemple en ex-Yugoslavie en 1999.

On ne saura jamais quelle aurait été sa ligne politique, et Kielos n’échappe pas à la mythification non plus quand elle considère que Lindh aurait trouvé la synthèse entre les pragmatiques et les romantiques. Je me souviens bien de la dernière apparition de Anna Lindh dans la campagne pour l’euro, aux cotés du patron des patrons suédois (la question de l’euro a cristallisé la société suédoise ; le « non » était clairement populaire tandis que les hautes sphères de la société étaient pour). Et n’oublions pas l’extradition extra-judiciaire scandaleuse de deux Egyptiens en 2001, extradition à laquelle elle aurait consenti à la demande de la CIA.    


Finalement elle était très pragmatique, tout en gardant une fraîcheur et air de modernité, un peu à l’instar de Tony Blair en 1997. Sur ce plan, la com et l’image, elle aurait certainement été un opposant plus redoutable pour Fredrik Reinfeldt, le premier ministre conservateur qui, lui, a su moderniser et recentrer le parti conservateur, gagner les élections en 2006 et se faire réélire en 2010. Les sociaux-démocrates ont eu de vraix problèmes de leadership et une ligne politique déboussolée contre la droite qui se revendique désormais du modèle social nordique.


"Le sexisme a frappé Anna Lindh comme un coup de poing". Et la légende: "L'eurosceptique Anna Lindh est devenue une amie chaleureuse de l'UE. Ici elle fait rire Jacques Chirac."  Sur le site de Dagens Nyheter, DN.

Elle était présidente de jeunes sociaux-démocrates (SSU) dans les années 1980.

Bo Holmberg (à droite) l'époux d'Anna Lindh et ministre, ici avec le premier ministre Olof Palme. Palme était assassiné en 1986.

lundi 27 mai 2013

Chacun ses explications des émeutes à Stockholm

Le point de vue le plus intéressant que j’ai lu à propos des émeutes à Stockholm, c’est la comparaison avec les « indignados » espagnoles. Si la pauvreté est le motif, pourquoi des émeutes non revendiquées et de la violence gratuite d'un côté - à Stockholm - et de l'autre - Madrid - des manifestations politiques organisées?  La comparaison appelle à réflechir.

Je ne suis pas de Stockholm. Je viens du nord de la Suède, qui ressemble un peu à la Bretagne (c'est une région géographiquement excentrée et moins concernée par le phénomène d'immigration que la capitale) et je me fais une idée de ce qui s'y passe à travers le récit qu'en font les médias. Les journalistes des grandes rédactions sont souvent éloignés de la réalité des banlieues, ce n'est un secret pour personne, et risquent de donner une fausse image des banlieues, réduites à ces seuls évènements par le discours médiatique. Méfiance donc.

Ça fait une semaine que les émeutes frappent le pays. Elles se sont propagées de la banlieue de Husby (litteralement « maisonvillage ») vers d’autres banlieues défavorisées, à Stockholm et un peu partout en Suède. Voitures brûlées, bâtiments dégradés, jets de pierre contre la police et les sapeurs-pompiers. Plus récemment, dans la ville de Lysekil les émeutiers s'en sont pris aux voitures communales des aides-soignants. L'évènement déclencheur à Husby serait un homme âgé tué par la police, il les aurait menacé d’une machette.

Les réactions et les analyses fusent de tout parts et en révèlent davantage sur ceux qui les énoncent que sur les émeutes elles-mêmes: une association dénonce le racisme de la police, la gauche dénonce la politique gouvernementale et ses conséquences (croissance record des inégalités parmi les pays de l’OCDE notamment) et demande un "plan Marshall" pour les banlieues. Les démocrates suédois (SD) dénoncent l’immigration et demandent plus de fermeté policière. Et pour le premier ministre Fredrik Reinfeldt (conservateur), c’est aux gens des banlieues d'assurer le retour au calme.

Les analyses manquent souvent de recul, les réponses sont souvent préfabriquées et orientées idéologiquement. Les émeutes s’inscrivent dans un paysage médiatique très préoccupé par le racisme, surtout après l’entrée au parlement des élus du parti SD en 2010. La Suède serait un pays raciste. Il n’ y a pas très longtemps qu’un écrivain à adressé une lettre ouverte au ministre de la justice pour dénoncer le racisme de la police (le projet REVA pour chercher les immigrés clandestins et critiqué pour interrogations au faciès). Il y a quelques semaines encore, un musulman militant a démissionné de la direction du parti social-démocrate, une semaine après avoir été élu. Il avait invité aux réunions de son association des gens qui ayant tenu des propos antisémites. La tempête médiatique qui a conduit à sa démission était pourtant dénoncée, par la gauche notamment, qui quant à elle, accusait ses critiques d’islamophobie.

Selon certains, il y a une ethnicisation de la pauvreté. La Suède a une immigration importante et n’a pas su éviter la ghettoïsation et la ségrégation. Il y a aussi d’autres aspects comme la jeunesse des acteurs. Selon les infos, la plupart auraient 15-20 ans. Ce seraient de jeunes hommes, frustrés, laissé en marge de la société, sans l’autorité parentale et sans espoir en un avenir meilleur. Cela crée des tensions et faute de mesures sociales (plan Marshall) et/ou plus de réalisme (immigration plus restrictive) la Suède connaît les mêmes problèmes que Paris en 2005 ou Londres en 2011.

La droite au pouvoir a amplifié les inégalités et la gauche, attachée au multiculturalisme et l'immigration, se contente d’une lecture sociale des troubles. Dans ce contexte, la droite populiste et radicale et ses sites internet s’imposent dans le débat sur l’immigration et la cohésion nationale.  

Mais pour revenir à la comparaison avec les « Indignados » ; à Stockholm il n’y a pas d'élan collectif, pas de revendications. Pour certains à travers ces émeutes, les jeunes se constituent comme acteurs conscients; au moins ils auront fait les titres des JT et des journaux, en Suède et ailleurs. Mais quelle sorte de conscience? Pour exister dans la société, mais comment? Le sociologue britannique Zygmunt Bauman disait, à propos les émeutes à Londres, qu’il s’agissait de « riots of defective and disqualified consumers ». Est-ce qu’on a à faire de quelque chose comparable en Suède? Les causes sont sûrement multiples et on se trompe si on veut les réduire à une seule.

En tout état de cause, l’image – le mythe - de la Suède comme un pays de paix sociale, sans fractures conflictuelles, est encore une fois mise à mal par les évènements. 

samedi 18 mai 2013

Tour de Bretagne, des anciens véhicules

Est-ce qu'il peut y avoir de la passion pour des bouts de vieille tôle? Bien sûr! Et je la partage, donc je me suis retrouvé vendredi soir sur le parking du parc expo Penfeld pour le prologue du 33e Tour de Bretagne. Il y étaient des nombreuses vieilles voitures, motos et autres véhicules qui participent ce week end dans le tour qui sillonne le Finistère.

Impressionant, c'est le moins que l'on puisse dire. Et en plus il me semble que c'est une fête populaire pleine de convivialité et de belles rencontres. Pour ces gens là, il y a un lien plus fort entre l'homme et son véhicule, ce n'est pas seulement un simple objet de transport.

Les voitures d'auparavant, c'était autre chose que les choses lisses d'aujourd'hui, tous passées dans le même moule. Voìla quelques unes en photo dans le lien vers mon blog suédois:

http://brevfranbrest.blogspot.fr/2013/05/inte-vilka-bilar-som-helst.html